La porte que quelqu’un a ouverte
La porte que quelqu’un a refermée
La chaise où quelqu’un s’est assis
Le chat que quelqu’un a caressé
Le fruit que quelqu’un a mordu
La lettre que quelqu’un a lue
La chaise que quelqu’un a renversée
La porte que quelqu’un a ouverte
La route où quelqu’un court encore
Le bois que quelqu’un traverse
La rivière où quelqu’un se jette
L’hôpital où quelqu’un est mort. (Lire la suite…)
Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;
Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère ;
Elle entrait et disait : « Bonjour mon père » ;
Prenait ma plume, ouvrait mes livres s’asseyait
Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe.
Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,
Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée,
Et mainte page blanche entre ses mains froissée
Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.
Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,
Et c’était un esprit avant d’être une femme.
Son regard reflétait la clarté de son âme.
Elle me consultait sur tout à tous moments.
Oh! que de soirs d’hiver radieux et charmants
Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,
Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère
Tout près, quelques amis causant au coin du feu !
J’appelais cette vie être content de peu !
Et dire qu’elle est morte! hélas! que Dieu m’assiste !
Je n’étais jamais gai quand je la sentais triste ;
J’étais morne au milieu du bal le plus joyeux
Si j’avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.
Novembre 1846, jour des morts Victor Hugo, les contemplations
Vous pouvez aussi écouter et lire cette version chantée:
Cet extrait est tiré d’un roman, La Disparition (1969) de G. Perec. Que remarquez-vous?
Anton Voyl n’arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. Il poussa un profond soupir, s’assit dans son lit, s’appuyant sur son polochon. Il prit un roman, il l’ouvrit, il lut; mais il n’y saisissait qu’un imbroglio confus, il butait à tout instant sur un mot dont il ignorait la signification.
Il abandonna son roman sur son lit. Il alla à son lavabo; il mouilla un gant qu’il passa sur son front, sur son cou.
Dans ma cervelle se promène,
Ainsi qu’en son appartement,
Un beau chat, fort, doux et charmant.
Quand il miaule, on l’entend à peine,
Tant son timbre est tendre et discret;
Mais que sa voix s’apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde. Suite du texte
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur
Et, quand j’arriverai je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Il était une fois une petite vague, perdue au milieu de l’océan.
Une petite vague de rien du tout, quelques centimètres de haut, à peine plus large.
Une petite vague insignifiante et anonyme, ressemblant comme une goutte d’eau aux millions de petites vagues voyageant sur les mers depuis des millions d’années, aux grés des vents et des marées. Mais, vous vous en doutez, si je vous raconte ici son histoire, c’est qu’elle était différente de ses petites soeurs ; Pas physiquement non, mais dans son petit coeur de petite vague, cette petite vague avait bien du vague à l’âme.
Depuis des siècles qu’elle ondoyait à la surface de l’eau avec pour seul compagnie l’écume et le vent, avec pour seul horizon l’horizon, pour seul spectacle celui du jour se levant et du soleil couchant, La petite vague s’ennuyait à mourir et ne supportait plus de vivre au milieu de l’océan. Bref, la petite vague avait le mal de mer.
Il y a cent ans naissait Hergé, le père de Tintin.Les tintinophiles célèbrent ce centenaire. Tintin c’est pratiquement toute sa vie. Hergé aurait eu 100 ans aujourd’hui. Son oeuvre disait-il était très proche de lui. Il se dévoilait à travers ses personnages. "En fait le capitaine quand il se fâche, c’est un peu moi lorsque je me fâche. Le Tournesol quand il est distrait c’est moi quand je suis distrait. Les deux Dupont quand ils font une bêtise, c’est moi quand je fais une bêtise. En fait Tintin, c’est un peu moi."
Hergé et Tintin: l’aventure débute en 1929. Le public est immédiatement conquis. Mais la publication ensuite de la bande dessinée dans un journal alors aux mains des nazis lui vaut des critiques. Le journaliste Hugues Dayez: "Au départ, Hergé est plutôt une éponge, il absorbe les opinions de son temps, il évolue dans un journal de la droite catholique, "Le 20ème siècle", la droite très à droite d’ailleurs. Il va prendre ses distances petit à petit, évoluer, et même se convertir à la philosophie orientale, être intéressé par le taoïsme." (Lire la suite…)
Malgré son nom à consonance flamande, l’auteur, D. Van Cauwelaert, est né à Nice en 1960 et il est français. Il a commencé à écrire des romans à l’âge de 8 ans et l’année suivante Gallimard a publié son manuscrit (un polar). On lui a décerné le Prix Goncourt pour “Un Aller Simple” en 1994.
Cette histoire est triste, drole et ironique mais, parce que l’histoire se déroule par ordre chronologique, on peut la lire facilement. Le ton est établi avec la première phrase du livre: “J’ai commencé dans la vie comme enfant trouvé par erreur.” Pendant son enfance cet orphelin pensait qu’il a été trouvé à l’arrière d’une voiture volé et il est arrivé à l’âge de 18 ans avant il a appris que ses parents ont éte tués dans un accident quand leur voiture et une autre se sont percutées. Les Tsiganes qui l’ont sauvé aussi l’ont adopté et la nouvelle famille lui a donné le nom, Aziz, qui était basé sur la voiture dont il a été secouru, une Ami 6.
Il passait son enfance dans un monde peuplé de vagues chimères mais les années plus heureuses pour lui, étaient celles qu’il passait à l’école avec un maitre, M. Giraudy, et c’était M. Giraudy qui lui a donné un atlas qui est devenu la source de sa vie imaginaire.* Quand il a quitté l’école il a gagné sa vie en volant des autoradios. Il a obtenu des faux papiers d’identité et parce que son nom Aziz avait une consonnance arabe il était établi comme immigré Marocain, bien qu’il ne puisse pas parler la langue arabe. C’était ironique qu’il était accusé finalement d’un vol qu’il n’a pas fait et que c’était la cause de son arrestation et le commencement d’une situation bizarre.
Au lieu d’emprisonnement le gouvernement a décidé de le renvoyer au pays d’origine, Maroc, et on le remet à la garde d’un attaché humanitaire.
L’attaché, Jean-Pierre Schneider était, lui même, un homme qui n’avait pas toujours les pieds sur terre. Il s’est brouillé avec sa famille et pour comble il avait une femme adultère. Pendant le voyage il est devenu un ami aussitôt commencée la garde d’Aziz et Aziz lui a raconté l’histoire de sa vie y compris celle de la vallée des hommes gris en Irghiz. Ce n’était pas vrai mais c’était si interessant que l’attaché a commencé à prendre des notes concernant la vie d’Aziz.
Leur voyage a travers le désert était organisé par Valerie, une dame cynique et fataliste. C’était pendant qu’ils voyageaient à travers le désert qu’Aziz a décidé d’avouer à l’attaché que l’histoire était un mensonge. A son surprise l’attaché a dit que c’est necessaire de continuer avec l’histoire pour compléter le rapport qu’il doit donner à ses supérieurs. Il y avait une autre raison aussi: il voulait utiliser l’histoire d’Aziz pour écrire un livre quand il retournera à Paris. Ce serait le livre qu’il ne pouvait pas écrire quand il a laissé sa famille il y a longtemps pour devenir écrivain. Ce serait sa dernière chance de devenir célèbre comme écrivain.
Malheureusement l’attaché est tombé malade et il est mort. Encore une fois, Aziz doit retourner à Paris pour ramener le cadavre.
A la fin de l’histoire Aziz est dans la chambre de Jean-Pierre, la chambre où Jean-Pierre a essayé d’écrire une histoire d’importance quand il était très jeune. Maintenant c’est Aziz qui a trouvé sa vraie vocation quand il écrit “Un Aller Simple” pour l’attaché, utilisant les notes de l’attaché et l’imagination d’Aziz.
* * *
*Ici est peut être une connection avec la vie de l’auteur qui a utillisé son imagination d’écrire des histoires quand il a 8 ans.
A vendredi – Polly.
NOTES:
J’avais lu ce livre il y a quelques années. Sans rien savoir de l’auteur ou du livre. Tout à fait par hasard. Une vraie surprise. Une bonne surprise.
Ce roman accroche dès les premières lignes. L’ambiance, l’humour, le pathos de l’histoire de ce gamin,ni français ni gitan ni arabe, en quête de repères familiaux, culturels et tout simplement d’espace vous prend au coeur. Aziz est un étranger perpétuel, au regard naïf, candide un peu lunaire, un Petit Prince peuplant son vide affectif d’humains bons et généreux.
Didier van Cauwelaert a reçu pour ce roman le prix Goncourt en 1994.
GUY DE MAUPASSANT(1850 – 1893)(Coco a paru dans le Gaulois du 21 janvier 1884 puis dans Les Contes du Jour et de la Nuit en 1885) Coco est ici et la version anglaise c’est là
Dans tout le pays environnant on appelait la ferme des Lucas « la Métairie». On n’aurait su dire pourquoi. Les paysans, sans doute, attachaient à ce mot « métairie » une idée de richesse et de grandeur, car cette ferme était assurément la plus vaste, la plus opulente et la plus ordonnée de la contrée.
La cour, immense, entourée de cinq rangs d’arbres magnifiques pour abriter contre le vent violent de la plaine les pommiers trapus et délicats, enfermait de longs bâtiments couverts en tuiles pour conserver les fourrages et les grains, de belles étables bâties en silex, des écuries pour trente chevaux, et une maison d’habitation en brique rouge, qui ressemblait à un petit château.Les fumiers étaient bien tenus ; les chiens de garde habitaient en des niches, un peuple de volailles circulait dans l’herbe haute.Chaque midi, quinze personnes, maîtres, valets et servantes, prenaient place autour de la longue table de cuisine où fumait la soupe dans un grand vase de faïence à fleurs bleues.Les bêtes, chevaux, vaches, porcs et moutons, étaient grasses, soignées et propres ; et maître Lucas, un grand homme qui prenait du ventre, faisait sa ronde trois fois par jour, veillant sur tout et pensant à tout. (Lire la suite…)