Entre Nous

25 avril, 2009

Fromelles

Filed under: AUSTRALIE,FRANCE QUOTIDIENNE — db @ 4:25

Fromelles, lieu « sensible » et de mémoire pour l’Australie, où 2 200 « diggers » périrent en 14-18

| 23.04.09 | 19h01 • Mis à jour le 23.04.09 | 19h01
Fromelles Envoyé spécial

Photo: The Age

Photo: The Age

Fromelles, 10 km de Lille et 20 000 km de Sydney, le petit carré d’un vert tendre, enclos par une fine chaîne blanche, enferme un pan de la mémoire australienne. Là, en lisière d’un bois, quatre cents soldats alliés gisent pêle-mêle sous deux mètres de la lourde terre du Nord. Beaucoup avaient traversé la Terre entière pour se faire faucher à la mitrailleuse au sortir d’une tranchée, les 19 et 20 juillet 1916. Les Allemands avaient jeté les corps dans huit fosses communes. La dernière pelletée jetée, ils avaient méticuleusement consigné les faits dans un rapport, à son tour vite enfoui. Paperasse et pauvres hères furent oubliés pour près d’un siècle. Jusqu’à ce qu’un historien amateur vivant à Melbourne, Lambis Englezos, retrouve leur trace, dans les archives d’abord, sur le terrain ensuite.
Honneur leur est rendu aujourd’hui. En visite sur les lieux, mercredi 22 avril, le ministre australien des anciens combattants, Alan Griffin, a lancé officiellement les travaux d’exhumation des corps. Ils seront transférés vers un site aménagé, concédé par l’Etat français à perpétuité, à côté du cimetière communal. Un petit musée a leur mémoire sera également bâti. Le chantier devrait durer jusqu’à la fin de l’année.

Anecdotique dans la grande saignée de 1914-1918, la bataille de Fromelles est une date importante dans l’hémisphère Sud. « Ce sont les quarante-huit heures les plus meurtrières de l’histoire de l’Australie », explique Alan Griffin. 2 200 hommes périrent dans cette attaque, simple diversion qui vira au fiasco. L’état-major allié ayant rejeté la trêve proposée par le camp adverse, des soldats risquèrent leur vie pour aller chercher dans le no man’s land les blessés qui appelaient au secours. Ce fut le cas de l’héroïque sergent Simon Fraser dont la statue en bronze trône à Fromelles et sa réplique à Melbourne.

Au total, 46 300 « diggers », surnom des soldats insulaires, sont morts sur le sol français durant le conflit. « Il y a en France plus d’Australiens morts que partout ailleurs dans le monde », assure Alan Griffin. A l’époque, ce sacrifice ancrait sur la scène internationale l’existence du nouveau pays, un vaste territoire peuplé d’à peine cinq millions d’habitants, indépendant au sein du Commonwealth depuis 1901. « La tragédie a participé à la naissance d’une Nation », confirme le ministre.

Hubert Huchette, maire de Fromelles depuis 2001, le sait pertinemment : « C’est une date et un lieu sensible en Australie. » Echarpe tricolore en travers de la poitrine, l’édile a déjà accueilli un premier ministre et cinq ministres venus de Canberra. Chaque année, il voit débarquer dans son bourg, fort de 900 habitants, plusieurs centaines d' »Aussies ». Les touristes visitent le VC Corner, un cimetière propret entretenu par le service des sépultures du Commonwealth, où sont déjà regroupés dans deux fosses quatre cents soldats australiens sans nom, trouvés sur le terrain après l’Armistice. Sur le registre, s’égrènent les noms de visiteurs venus de Sydney, d’Huntingdale ou de Tasmanie.

Ces temps derniers, les télévisions australiennes font aussi la queue à Fromelles, filment le champ et interrogent monsieur le maire. A tous, Hubert Huchette raconte le coup de téléphone qu’il reçut de Melbourne un jour d’août 2002. Le tenace Lambis Englezos lui demandait si sa commune recensait un lieu que les Allemands avaient baptisé « Bois des Faisans » dans leur rapport de 1916. « Ce nom ne me disait rien. Il m’a envoyé une photo aérienne et j’ai reconnu ce qu’on appelait ici le bois Dambre. » L’élu apprend alors que des centaines de corps pourraient y être enterrées. « Ici, tout le monde l’ignorait. Le village avait été évacué et détruit pendant les combats. Les habitants n’étaient revenus qu’en 1920. »

L’affaire fait grand bruit en Australie. Le gouvernement mandate une équipe d’archéologues venus de Glasgow qui, en 2007 puis en 2008, radiographie le terrain, le sonde et confirme l’existence de restes humains, tantôt alignés, tantôt entassés. Les soldats sont australiens mais aussi britanniques. Les futures excavations devraient permettre d’en préciser le nombre. Des tests ADN seront entrepris, à titre expérimental. Ils autoriseront peut-être une identification de ces dormeurs du Val, qui avaient fait tout ce chemin pour mourir à Fromelles.

Benoît Hopquin
Article paru dans l’édition du 24.04.09

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Un commentaire »

  1. L’âme périt, le corps a sa mémoire,
    dont les gardiens sont les archéologues
    (some diggers!).

    Commentaire par Cochonfucius — 9 juillet, 2017 @ 6:42 | Réponse


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