Entre Nous

1 février, 2016

L’autoréduction

Une autoréduction, c’est quoi ?
Ce mot sert à qualifier, en France, des pratiques diverses, mais qui ont un point commun : satisfaire ses besoins de manière gratuite ou moins chère, dans une démarche collective. S’y rattachent donc les actions, parfois nommées réquisitions, que les collectifs de précaires mènent souvent avant les fêtes de fin d’année pour obtenir de quoi alimenter leur réveillon sans débourser l’argent qu’ils n’ont pas (voir ci-dessous le récit des actions à Rennes en décembre 2008), les grèves de loyer utilisées par les locataires de logements sociaux ou les résidents de foyers, les luttes pour obtenir des réductions ou la gratuité pour les transports en commun, l’électricité et le gaz, la culture et les loisirs…

  • Autoréduction de précaires en lutte aux Galeries Lafayette de Rennes
    Samedi 20 décembre 2008 le mouvement des chômeurs et précaires en lutte (MCPL) de Rennes a réalisé une autoréduction au rayon alimentation des galeries Lafayette.
    Les objectifs étant :
    d’enrouer, pour un temps, le train de la consommation en cette période de noël.
    de repartir avec de la bouffe que le directeur du magasin nous aurait gracieusement offert. En jouant la carte de la négociation nous souhaitions éviter que l’action soit pénalisable sous le chef d’inculpation de vol en réunion.
    de mettre en avant la lutte en cours contre les réformes gouvernementales (Offre Raisonnable d’Emploi, suivi mensuel obligatoire, RSA, Création de Pôle Emploi, renégociation indemnisation chômage) dirigées contre les pauvres : chômeurs, précaires, travailleurs pauvres, retraités.
    Récit :
    Nous nous sommes réunis à une trentaine devant le magasin dans lequel nous sommes rentrés par petits groupes. Chacun prenant un panier le remplissant, à sa guise, de victuaille.
    Une fois nos paniers pleins nous nous sommes dirigés vers les caisses. L’idée était de se mettre 3 par caisse les uns derrière les autres avec chacun un panier. Les premiers laissant enregistrer leur panier, tout en refusant de payer et en expliquant notre action. Nous avons demandé à rencontrer le directeur pour négocier avec lui.
    Le tout en évitant toute violence pouvant justifier des interpellations. Nous avons bloqué une huitaine de caisse au total. Pendant ce temps deux d’entre nous ont déployé la banderole « chômeurs et précaires en lutte » pendant que d’autres distribuaient des tracts expliquant notre action. Rapidement une queue s’est formée aux caisses. Certains ont alors pris la parole pour expliquer notre action.
    Les deux vigiles du magasin ont rappliqué. Enervés, ils se sont rapidement calmés. Le chef de la sécurité a prévenu le patron du magasin. Laissant pourrir la situation, le directeur n’a pas voulu entamer immédiatement les négociations.
    Après 20 minutes de blocage première proposition du directeur : « vous replacez tout dans les rayons, vous libérez les caisses et vous envoyer une délégation pour négocier dans mon bureau » AH AH AH AH !!!
    Pendant ce temps les échanges s’animent avec les consommateurs des galeries, qui n’affichent pas tous un soutien. Beaucoup de personnes âgés et de bourgeois du centre ville. Quelques réactions : « vous nous prenez en otage », « mon chat a faim », « tu ne sais pas ce que c’est le travail, tu n’as jamais bossé », « vous n’avez pas à faire ça ici »……
    Quelques soutiens : « je suis avec vous, ne lâchez rien », un vigile s’adressant à nous à propos d’un père avec son enfant : « dégagez vous voyez bien que vous les empêchez de passer ». Réponse du monsieur :
    « pas du tout et d’ailleurs je les soutiens ».
    Bref, une animation inhabituelle dans ce magasin.
    Au bout de 40 minutes un membre du collectif prend le talkie pour discuter avec le directeur. Il devient plus raisonnable et accepte de descendre mais ne semble pas encore prêt à satisfaire nos revendications. Il arrive et pose encore des conditions qui nous semble inacceptables : il veut par exemple qu’on prenne du foie gras premier prix au lieu du Fauchon, qu’on libère les caisses puis que nous allions régler ça discrètement dans une pièce à l’écart du regard des clients.
    Nous lâchons du lest en proposant de ne prendre que 10 paniers sur une vingtaine. La discussion avance assez vite, on sent qu’il veut rapidement débloquer la situation.
    Dernier point de désaccord : il souhaite passer les articles en caisse, chose que nous refusons en pensant que cela peut être réutilisé contre nous.
    Il finit par accepter et nous repartons avec 10 sacs de bouffe. Intense moment de joie parmi nous. Nous ressortons victorieux des galeries avec 10 sacs de bouffe, des caisses bloquées pendant une heure le tout sans aucun soucis. Les flics ont bien été appelés mais ils se sont faits discret. On a aperçu deux nationaux à l’extérieur et un RG en fin d’action. Le directeur du magasin n’a pas porté plainte à ce jour.
    Nous allons aller redistribuer la nourriture aux chômeurs devant les ANPE de Rennes dès lundi matin.
    Etendons ces pratiques, organisons nous !!!
    Si vous êtes intéressés par notre mouvement contacté nous par mail au mcpl2008@gmail.com. Nous tenons nos réunions au 22 rue de Bellevue le lundi à 18h. La prochaine se tiendra le lundi 5 janvier.

Ci-dessous le tract diffusé lors de l’action :

 (Pour rappel : le chiffre d’affaires du groupe Monoprix (dont le capital est détenu 50/50 par les groupes Galeries Lafayette et Casino) est de 3575 millions d’euros. Monoprix vante sa politique de recrutement des jeunes étudiants par des CDI à temps partiels, pour s’adapter à « leurs impératifs universitaires… » c’est bien évidemment pour couvrir l’amplitude d’ouverture de ses magasins et pour augmenter ses bénéfices que Monop recherche une main d’œuvre précaire et flexibilisée…)

 

Ensemble et pas sans rien !

Tout est à nous ! 


Nous réquisitionnons et nous redistribuons

Avec ou sans emploi, avec ou sans papiers, nous voulons vivre

Notre sort, bien entendu, ne va pas aller en s’améliorant…

Un autre partage des richesses produites par toutes et tous devient vital.

Voilà pourquoi, ensemble et solidaires, nous réquisitionnons et nous partageons !

Cette action n’est pas isolée… elle s’inscrit dans une lutte globale contre ce monde qui nous étouffe…

A Rennes le 20 décembre.
A Grenoble aujourd’hui.

Étendons ces pratiques, organisons nous !

3 commentaires »

  1. Ces voleurs toujours volent même s’ils ne volent pas dans la scène du crime.

    C’est clair que leur attaque est bien conçue à l’avance. Le groupe n’ont aucune intention de payer pour les biens qu’ils choisissent. Ils bougent avec le dessein de mettre sous pression le directeur du magasin qu’ils ciblent;. Même s’ils pensent qu’ils font quelque chose d’altruiste pour certains qui luttent en ces temps économiques difficiles, ils n’ont pas le droit d’ insister qu’un magasin particulier (ou un individu spécifique) doive faire une contribution.

    Le soutien et le secours des précaires sont, sauf pour la générosité des individus, la responsabilité de l’Etat. L’activité criminelle n’est pas la solution du problème.

    Commentaire par Peter K — 6 février, 2009 @ 10:51 | Répondre

  2. Je suis d’accord. Il s’agit tout simplement d’extortion. Ni plus ni moins.

    Néanmoins ils présentent cet acte grace a une rhétorique idéologique en acte de résistance. C’est un acte anarchique. « La propriété, c’est le vol » disait Proudhon.

    Et semble avoiir réussi avec beaucoup puisqu’ils étaient soutenus par de nombreux citoyens lambada.

    Je me demande si ce type d’action va s’amplifier ou diminuer. Et donc comment faire pour les empêcher?

    Commentaire par db — 8 février, 2009 @ 9:17 | Répondre

  3. Il y a des arguments pour et contre l’action du mouvement des chômeurs et précaires en lutte (MCPL) au rayon alimentaire des Galeries Lafayette à Rennes. Voici des exemples.
    Pour l’action:
    Étant donné l’inégalite entre les riches et les pauvres dans toutes les sociétés européennes, la rédistribution de la nourriture d’un supermarché est une tentative justifiée de perturber (« enrouer ») le système capitaliste de l’exploitation et d’attirer l’attention du public d’une façon nonviolente sur la situation des groupes défavorisés par la politique gouvernementale, par exemple des chômeurs, des SDF et des immigrants, qui n’ont pas les moyens d’acheter ces produits. L’explication de l’action par quelques membres du mouvement aide à sensibiliser les consommateurs qui sont des témoins de l’action, dont plusieurs ont exprimé leur support.
    Contre l’action:
    L’action est contre-productive parce qu’elle agace la plupart des consommateurs qui sont forcés à attendre devant les caisses bloquées pendant une heure, ce qui les empèche de poursuivre leurs activités normales. Mais plus grave est le fait que l’action est trop limitée pour pouvoir réformer le système capitaliste. Sans le soutien des groupes puissants, par exemple les syndicats ou les organisations politiques, les membres du mouvement resteront des jeunes farceurs qui pratiquent le socialisme romantique de Robin des Bois, que personne ne prend aux sérieux. S’ils continuent cette stratégie, ils pousseront la plaisanterie trop loin et tôt ou tard les autorités prendront la décision d’intervenir et les inculper du vol ou d’extortion.

    Commentaire par brian h — 19 février, 2009 @ 3:21 | Répondre


RSS feed for comments on this post.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :