Bientôt deux ans que la France est en guerre, et déjà plus d’un million cent mille hommes tués au combat ou des suites de leurs blessures. Plus de quatre mois que l’on se bat devant Verdun. Il y a trois jours, le 11 juillet, le général allemand von Falkenhayn a lancé son offensive de la dernière chance. Les Allemands sont à trois kilomètres de la ville symbole de la résistance française. Les Allemands n’iront pas plus loin. Fleury-devant-Douaumont marquera en effet leur avancée maximale. Mais il faudra attendre le 18 août pour que ce malheureux village, qui n’est plus que ruines, soit définitivement repris par le régiment d’infanterie coloniale du Maroc, le RICM d’aujourd’hui. En 1918, la commune sera déclarée
« Mort pour la France ».Toujours à Verdun, le 12 juillet, le 25e bataillon de chasseurs à pied a reçu

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l’ordre de débloquer le fort de Souville, situé au nord-est de la ville. Sous un déluge de feu, il a réussi à s’emparer du fort et, le 14 juillet, le secteur reste calme. Le bataillon en profite pour refaire ses forces. « Enfin, dans la nuit du 14 juillet au 15 juillet, en route pour Haudainville. Juste à ce moment, les deux artilleries se mettent à tirer à toute allure, ce qui rend la descente extrêmement pénible. Partout des cadavres. Le faubourg Pavé est encombré par les débris d’un convoi de ravitaillement qui vient d’être marmité. On passe quand même. On dort ! » (extrait de l’historique du 25e BCP).

Sur la Somme, il y a deux semaines que Joffre a lancé son offensive, qui a déjà coûté la vie à des dizaines de milliers de soldats britanniques. La percée des lignes allemandes devient désormais illusoire. Le commandement va alors entreprendre une série d’offensives plus modestes visant à conquérir des villages, des bois – autant de points d’appui à partir desquels il espère lancer de nouvelles attaques. Ce 14 juillet débute alors la bataille du bois Delville par une charge de la 2e division de cavalerie indienne. La 1re brigade sud-africaine va s’y illustrer et connaître les plus forts taux de pertes de la guerre : 80 % ! Delville Wood sera rebaptisé Devil Wood (le bois de l’Enfer) par les soldats sud-africains, tant les combats y seront terribles. Un mémorial national sud-africain rappelle encore ces combats.

Et à Paris, que fait-on, en ce vendredi 14 juillet 1916 ? On défile quand même. Infanterie française mais aussi soldats écossais (cornemuses en tête), anglais, russes – « sortes de géants avec des yeux limpides et bleus de petits enfants », écrit un journaliste enthousiaste -, belges à bicyclette. C’est le général Auguste Dubail, gouverneur militaire du camp retranché de Paris, qui passe la revue des troupes. Un discours du président Poincaré est placardé dans les rues. « Le gouvernement de la République a pensé qu’à cette date où la France avait coutume de célébrer tous les ans, dans les joies de la paix, l’origine de ses libertés politiques, elle voudrait encore, malgré les tristesses de la guerre, respecter une tradition qui donne une forme sensible à la conscience nationale et à l’unité de la patrie », peut-on y lire en préambule. C’est aussi l’occasion de remettre un diplôme d’honneur aux familles des morts pour la patrie. Rappelons, en effet, que la loi reconnaissant les sacrifices des combattants morts au champ d’honneur n’a tout juste qu’un an.

Les œuvres de guerre de l’Hôtel de Ville de Paris, quant à elles, éditent une affiche dessinée par Poulbot sur laquelle on peut voir deux blessés de guerre – un poilu des troupes métropolitaines, un soldat des troupes coloniales – salués par quatre enfants, en uniformes de soldats ou de marins : la France, tout entière, est derrière son armée. Comme le 14 juillet 2016…

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Colonel à la retraite